dimanche, avril 30, 2017

Dimanche soir, fin de campagne

L’électeur a toujours raison, même quand il a tort ! Honneur aux vainqueurs, chaque élu a amplement mérité sa place au parlement. Il n’y a jamais de mauvais suffrages. Il y a, parfois, de mauvaises stratégies, des calculs discutables, des silences quasi coupables, de l’orgueil mal placé, un rien d’égoïsme mal venu. Qu’importe. Chaque élection, si bas soit le taux de participation est une victoire de la démocratie.

Je ne serai donc pas député, mes calculs statistiques n’ont pas été démentis. Je remercie toutefois, chaleureusement, les 2242 électeurs qui ont glissé mon nom dans l’urne. Je les remercie de leur confiance, de leur audace, il est vrai que je ne corresponds pas tout à fait au profil type du candidat UDC. Universitaire, gay, catholique, ça fait tout de même beaucoup pour un seul et même candidat d’un parti de sensibilité agrarienne ! Soit, j’arrive dernier de la liste dans le district, en  meilleure place à dans ma bonne ville de Morges, les curieux et les malveillants sauront trouver tout le détail de ma non-élection sur le site de l’Etat de Vaud. Néanmoins, jamais, plus jamais, on ne pourra accuser la direction de l’UDC-PAI Vaud d’homophobie ou de fermeture d’esprit.


J’ai passé une magnifique campagne, j’en suis même venu à apprécier certains candidats de partis concurrents pour qui je ne nourrissais pas une très grande estime. Que ceux d’entre eux qui ont été élus reçoivent ici mes félicitations. Quant à mes colistiers et ma colistière, j’ai connu en leur compagnie de très bons moments. J’espère avoir un tant soit peu participé à la victoire de Philippe Jobin, de Pierre-André Pernoud et du tout nouveau député Sylvain Freymond. L’aventure d’une campagne électorale vaut tous les voyages, toutes les conquêtes, le périple vaut autant que le but, et plus encore lorsque le candidat est un auteur.  

dimanche, avril 23, 2017

Elections au Grand Conseil vaudois 2017




Dernière ligne droite avant les élections, les résultats tomberont dimanche prochain. Deux possibilités se présentent à moi. La première, au hasard, je suis élu ! Je reste conscient, à l’instant où je vous écris, des chances très relatives de mon succès face aux urnes. Donc, je suis élu, je deviens l’un des 150 députés de ce canton. Que vais-je faire dans ce cénacle ? parmi les rangs de « ce parti ! », comme ils disent, ceux qui se donnent le droit de penser, de prendre la parole, de pérorer du haut de leur bien-pensance et de faire la morale à tout un chacun. Certains d’entre eux lancent « tout, sauf l’UDC » sans aller plus loin, restant ouverts à toutes les dérives sectaires qu’imposent leur vision du monde ; une vision généreuse, altruiste, pensent-ils. Mais qu’en savent-ils ? Se sont-ils déjà retrouvés face à un réfrigérateur vide le 15 du mois sans savoir comment le remplir d’ici la prochaine paie … ou les prochaines indemnités chômage, ou l’aide sociale ? Ils se gargarisent de mixité depuis le salon de leur petit pavillon de banlieue à dentistes, antiphonent les louanges de la mobilité douce, des transports publics alors qu’ils se rendent au travail en berline hybride … Et savent-ils ce que c’est d’être gay dans certains milieux ? dans certains quartiers ? Comme disait grand-maman, les chevaux se battent à l’écurie quand il n’y a pas d’avoine.

La maison ne brûle pas, encore. Certains jouent avec des allumettes, parce qu’ils se croient très malins ; d’autres laissent un peu partout des bougies allumées, sans surveillance, ils trouvent que ça fait joli dans la nuit, « c’est plus accueillant pour le visiteur inattendu ». Bref, j’ai choisi le parti qui a décidé d’installer un extincteur à poudre dans l’entrée, des couvertures étouffe-feu dans la cuisine et des détecteurs de fumées dans les chambres, tout en prévenant sur les dangers d’incendie domestique. J’ai choisi un parti qui me laisse m’exprimer, qui, au risque de me répéter, accepte mon orientation sexuelle, ma foi catholique et un esprit parfois piquant. Mon histoire personnelle, mon milieu (modeste), mon parcours m’ont rendu attentif à deux ou trois choses, je crois savoir lire entre les lignes, j’y ai laissé quelques illusions, une certaine innocence mais pas la foi, ni la conviction de pouvoir être utile, savoir prodiguer les soins que l’on m’a parfois sèchement refusé … Pas de pathos. Je ne suis pas un révolutionnaire, je ne suis plus un révolutionnaire, je me suis converti à la realpolitik.


Seconde possibilité, le cas de figure le plus vraisemblable, je ne suis pas élu. Il me faudra, dans un premier temps, supporter les petites phrases amicales du genre « mais tu n’avais aucune chance » ou  « les gens veulent autre chose », sous-entendu « n’importe quoi sauf toi » ou « c’est pas un peu frustrant toute une campagne, autant d’efforts pour rien ? » Mais bien évidemment, je suis la reine des quiches, c’est sûr, j’ai voulu me faire mousser, j’ai vu de la lumière, les petites bougies du précédent paragraphe et j’ai voulu rentrer. Ah ! les amis, les proches, les soutiens de toujours et leurs pensées positives. Du coup, ça donne envie d’aller voir ailleurs. Si je ne suis pas élu, j’ai décidé de prendre des cours de catalan et de flamenco. Dès la fin de mon mandat de conseiller communal, je mettrais volontiers le cap sur la Catalogne. La très catholique Espagne, un climat plus clément, pour peu que je décide Piou-piou à me suivre, Lou’ adorerait courir sur la plage. J’aime Barcelone, j’aime ce peuple, j’aime l’Espagne et j’aimerais susciter un parti royaliste catalan. Je me verrais bien mener les Catalans à un accord avec Madrid du genre Autriche-Hongrie, une unité avec la couronne et tout le reste de séparé … La suite au prochain épisode.

dimanche, avril 16, 2017

"Garten der Sterne", film de Stéphane Riethauser et Pasquale Plastino.

 « Laissez les morts enterrer leurs morts » disait-Il, et à raison. Par contre, il n’est pas interdit de leur rendre visite, de vivre parmi eux, de les accueillir dans le fil de notre vie, notre récit, et s’en retourner honorer leurs tombes au cimetière, un espace social comme un autre.

Il existe à Berlin, dans mon cher Schöneberg, derrière la Hauptstrasse, le fitness, le cinéma Odéon, la librairie d’antiques et d’occasion, il existe ce lieu paisible découvert par le hasard d’une promenade, un cimetière ancien, à la fois perché sur une petite colline et paresseusement adossé à son enceinte. Nous l’avons parcouru avec Christine, admirant les monuments funéraires Bidermeier, les belles essences, les parterres toujours entretenu. Il est vrai que l’on peut « parrainer » une tombe ancienne, on devient son jardinier, on garde la pierre propre, on fait tout comme s’il s’agissait de la tombe d’un proche.

L’Alter Sankt-Matthäus-Kirchhoff offre d’autres originalités. Il y a son carré des enfants morts-nés, son carré gay et un café, le café Finovo, jouxtant un commerce de fleurs. Il s’agit d’un café « funéraire », comme il en existe chez nous, ou presque, de ces tea-rooms accueillants et nostalgiques juste en face du cimetière, où l’on finit toujours par finir d’enterrer nos morts dans le café, le thé, la pâtisserie et, parfois, encore une petite goutte de jaja. A Berlin, on est pragmatique et poète à la fois, le café se trouve donc DANS l’enceinte du cimetière. On pourrait croire qu’il a toujours existé, que nenni, il est l’œuvre de Bernd, grand ordonnateur laïque de rites à inventer et nouveau Charon.

Et c’est ici qu’intervient la magie des réseaux sociaux. J’entretiens une amitié désincarnée avec Stéphane Riethauser, réalisateur genevois d’adoption berlinoise. Il y a quelques semaines de cela, il annonce fièrement la sélection de son film « Garten der Sterne », co-réalisé avec le scénariste Pasquale Plastino,  au Achtung Berlin Festival. Ma curiosité est éveillée, je vais regarder le trailer sur Vimeo et me retrouve dans le fameux cimetière de Schöneberg, où, entre autres, sommeillent les frères Grimm. Ni une, ni deux, je contacte Stéphane en message privé, lui demandant quand sortira le film en Suisse, et où, pour combien de temps, et …, et … , et l’intéressé de me passer un lien magique que je puisse visionner son film en streaming à défaut d’un grand écran.

Le duo Riethauser-Plastino a du talent, incontestablement. Le récit est resserré sur un conte des frères Grimm. Le spectateur est invité à découvrir les lieux, l’histoire de Bernd et de feu son compagnon Ovo, les ravages de la pandémie sida dans les années 80, comment Bernd a eu l’idée d’ouvrir un café dans le cimetière, et le carré des enfants morts-nés, les étoiles de ce jardin, tout un rite à inventer, et le « squat » de tombes historiques par des défunts d’aujourd’hui, et le carré gay où il est permis de trouver des tombes communes indiquant « ci-gisent X, pilote de chasse, et Y, maître coiffeur ».


La maîtrise de la caméra se fait avec ce qu’il faut de lyrisme et de naturel. Le spectateur passe d’une saison à l’autre, de très beaux plans séquences qui chapitrent le conte des frères Grimm, l’histoire de l’homme pauvre qui donne la mort pour parrain à son dernier-né. Parfois une saynète comique ou surprenante, comme un interlude, puis le regard calme et doux de Bernd, les parents près de la tombe de ces enfants partis avant même d’arriver. A Berlin, ceux-là aussi ont une place. L’échos assourdi de la bonne vie wilhelminienne résonne entre les allées, la Berlin au-delà de toutes les catastrophes, celle des bonnes gens, avec ou sans chapeau à plumes.