le monde de frevall

Journal littéraire, essai moral, critique politique .

dimanche, avril 05, 2009

Palmsonntag


Dimanche des Rameaux, Palmsonntag, dimanche berlinois, retransmission de la messe en direct de Rome sur le canal du Bayerischer Rundfunk; je suis perché sur une estrade, un aménagement mi-design, mi-bricolo pour appartement de vacances. Hier soir, à la descente de l'avion, j'ai traversé les longs couloirs malcommodes de Schönefeld, suis passé à travers l'ancien poste de douane ... Les accords bilatéraux sont effectifs, je n'ai présenté ma carte d'identité qu'à l'enregistrement, puis à l'embarquement : Berlin est entrée dans la large banlieue romande. Je ne sais que penser de ce "grosse europäische Mischung". J'ai l'impression de participer à l'une de ces stupides émissions de décoration où des architectes maladroits viennent vous casser toutes les cloisons "pour agrandir l'espace ..." Au final, vous vous retrouvez dans un hangar, les chiottes au milieu du salon (pour la lumière ! ben voyons) et un faux-plafond criblé de spots.


Je repense au mot d'un pasteur, un auteur si discret que j'ai oublié son nom, un veveysan ... Bref, cet homme écrivait "ne soyons pas trop pressés de combler le fossé de nos divergences" à propos du rapport protestants-catholiques. Je pense pareillement quant à nos "divergences" nationales et, si petit soit l'appartement, j'aime y voir des pièces à l'usage clairement défini, des pièces pourvues de portes à ouvrir ou fermer selon la circonstance. Je ne crois pas au gloubi-boulga universaliste, garantie de confusion tant morale que politique et, surtout, synonyme d'appauvrissement.

Palmsonntag, je vais aller suivre la messe à Sankt Ludwig, du côté de Wilmersdorf, avec Christine. Libussa a d'autres obligations aujourd'hui. Il faut que je passe faire des courses, les magasins sont exceptionnellement ouverts aujourd'hui de 13 à 18h. Hier soir, je n'ai quasi rien trouvé dans le Spätkauf d'à côté ... Ce séjour berlinois n'est pas une fuite. Jusqu'à présent, je n'ai fait que m'y réfugier. Ce séjour fait partie de ma relation à cette ville, une relation nécessaire et entretenue quand bien même on ne la comprendrait pas. Non, je ne vais pas à Berlin pour "du sexe facile", comme des proches peuvent le penser ... J'y passe du temps parce que Berlin, et vous n'aurez qu'à lire "La Dignité" (chez Castagniééé) pour entrer dans mes raisons.

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mercredi, mars 18, 2009

Une après-midi zürichoise


Zürich, mon cher Sprüngli, le lac et toute cette bonne vie à laquelle j’aspire. Je me suis offert une après-midi de vacances. Cy. travaille j’ai quartier libre. Et l’occasion était trop belle, cela faisait bien quatre mois que je n’étais pas passé prendre le thé Bahnhofstrasse, quatre mois sans cette subtile atmosphère de réussite discrète : Zürich sauvée de tout, immuable et polie.
Ce matin, j’ai remis la dernière version corrigée de « La Dignité » à mon éditeur, cette après-midi, je suis allé faire avancer l’intrigue de « La nouvelle Fuite à Varennes » au fond du canapé au premier, le Museum Bellerive, une exposition consacrée à Hermann Obrist. Le trajet peut sembler bien long pour une petite après-midi dans ma ville suisse idéale mais la liberté est incomptable, un quart d’heure aurait pu suffire afin de répondre à son appel. J’ai même réussi à régler quelque affaire embrouillée et boucler la prochaine édition du CEPV-Presse (le dernier organe de presse dont j’ai la charge) chemin faisant.
Il fait doux, une lumière caressante, Jane, mon agent littéraire, me promet un printemps fructueux et de riches récoltes à la fin de l’été. Puisse-t-elle dire vrai. J’aimerais tellement voir l’un ou l’autre de mes romans traduits en allemand, me rapprocher de la sorte de Zürich et, surtout, Berlin.
Avant de monter dans le train, détour par une épicerie fine de la gare ; comble du chic : les cagettes de salades, de feuilles comestibles et autres légumes délicats bénéficient, afin d’assurer leur fraîcheur, d’un système de brumification intégré à l’étal.

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dimanche, mars 08, 2009

Jouer au zèbre


J'aspire à être une sorte de Thomas Mann romand, j'agis avec la misanthropie d'un Thomas Bernahrd et j'ai la sensibilité niaise d'une "Carrie Bradschaw". Pathétique ... D'autant plus que, en tant qu'auteur gay, je ne suis pas crédible ! Pensez donc ! je n'ai jamais "tiré de coke" avec quelque huile culturelle romande. On ne m'a même jamais surpris ivre mort par les rues de Lausanne ... Quant à mes références : Thomas Mann, ok, ça doit passer mais où peut se trouver un lecteur qui connaisse Thomas Bernhard et "Sex and the city".

"La Dignité" va sortir dans la plus grande indifférence; on trouvera cela trop vulgaire, trop intellectuel, trop naïf, trop ceci, cela et patati et j'en passe et des meilleurs et puis merde, je vous conchie tous, mortels ! Selon ma définition de l'Auteur, oui, avec la majuscule, la liberté d'esprit est à l'origine du talent. Tirer de la coke, faire la noce, faire carrière consécutivement à des faveurs sexuelles accordées à des gens influents, attraper toutes les MST en cours et se repentir à l'approche de la quarantaine est d'une banalité crasse. Avec mes cochons en peluche, on est bien au-dessus de cela.
J'ai choisi un bout de zèbre pour la couverture : 1. c'est très tendance déco, 2. le zèbre est un animal que l'on a toujours considéré comme parfaitement idiot parce qu'il ne se laisse pas domestiquer. On a beau lui apprendre toute sorte de tours qu'il comprend et exécute avec succès, vient toujours le moment quand il rue et envoie tout promener. Je vais donc continuer à jouer ... au zèbre !

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vendredi, mars 06, 2009

De la dignité et autres matières littéraires


Dernière ligne droite dans la publication de "La Dignité", chez Castagniééé, énième lecture, chasse aux coquilles, erreurs de syntaxe, etc. Je suis surtout frappé par la mièvrerie de mon propos ... par sa naïveté plutôt. Cela n'est pas un problème lié à la qualité littéraire intrinsèque de la "La Dignité" mais ... j'ai grandi ! Depuis ma rencontre avec Berlin, mes préoccupations sont devenues moins "épidermiques", je pense travailler plus en profondeur. Le triptique de "La Dignité" rend compte avec exactitude d'une période passée, une sorte de période héroïque et d'attente adolescente. Il est aussi question de l'intérêt des blogs, intérêt dont je ne suis plus convaincu aujourd'hui. Plus de la même manière. J'ai l'impression d'y voir un jeu de dupe ou une mauvaise "retape" publicitaire.

Quant à y exposer des opinions, merci bien, je préfère les réserver à mon oeuvre papier et, peut-être, leur donner par la suite un échos dans le blog. Depuis "l'affaire", je suis quelque peu échaudé et mon enthousiasme "internautique" a bien été entamé. Je ne regrette rien, pas une ligne de ce que j'ai écrit jusqu'à présent. J'estime avoir répondu à une sorte de devoir citoyen en prenant la parole, en critiquant l'un ou l'autre point de l'actualité médiatique mais le blog n'est pas le bon lieu. Que je le veuille ou non, je me trouve lié à l'institution étatique cantonale et mon travail d'essayiste risque toujours d'être "mal pris" lorsque présenté en ligne.

Depuis "La Dignité", je persévère dans ma découverte de la littérature germanique; en ce moment, je dévore l'oeuvre de Thomas Bernhard, je goûte à la sensibilité douleureuse de cet auteur dont je partage pour bonne part la sensibilité. Je vois des parallèles entre sa condamnation de l'Etat autrichien et ma critique du canton ... C'est un auteur au verbe hypnotique, sinistre et brûlant de vérité. On touche à cette matière si précieuse : l'authenticité. J'espère y atteindre dans ce sur quoi je travaille.

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mercredi, décembre 24, 2008

Tous mes voeux


Mais que m'arrive-t-il ?! Où sont passés mes fameux coups de gueule, une certaine mauvaise foi comme de la joaillerie de grand luxe, ciselée, limite vulgus mais "so chic" ! Non, je ne suis pas pasteur; je préfère le genre prélat impudique dans la soie et le velours pourpre. Et je suis catholique. Imaginez ! Si j'étais protestant, sans la possibilité de passer par la "washing-up machine" du confessionnal, les quintaux de "péchés" qu'il me faudrait traîner ! Le catholicisme est à la foi ce que la valise trolley est à la bagagerie : la façon la plus commode de se trimballer en transit.

J'ai raté cette année toutes les occasions de m'exprimer sur de "grands sujets" locaux : musée des Beaux-Arts, élection au Conseil Fédéral, lynchage politique, néo-coming-out de Stéphane Lambiel, etc. Rien, pas un mot, pas le moindre petit bout de ragot, pas même une ligne sur le mono-look souriant du nouveau Mister Suisse romande ... Je suis devenu fréquentable ... Ce doit être un effet de mon activité professionnelle ... euh, je veux dire de mon activité salariée - que je remplis à merveille même si je me considère avant tout comme un auteur.

On va dire que le séjour chez Mme de W., dans la petite ville vaudoise de V. me réussit mieux que mon séjour à ... me réussit mieux. Je ne vais pas même épingler mes collègues ou mon administration de tutelle. Je suis l'auteur-enseignant-rédacteur-en-chef-président-de-l'association-vaudoise-des-écrivains qui envoie publications et compliments dans tous les cabinets qui comptent dans le canton. Allez, encore une année à ce régime-là et je deviens une huile. Ai-je envie de cela ? Puis-je me poser sincèrement et publiquement cette question ? Euh ... on va légèrement recadrer l'énoncé : aimé-je (oui, l'inversion sujet-verbe du premier groupe à la première personne du singulier nécessite pour des raisons de prononciation cet accent aigu) donc aimé-je le salaire qui accompagnerait des fonctions huileuses, onctueuses, grassement payées !!! Oui ! De plus, je jouis d'un talent de communicateur et de pédagogue certain. Passez-moi le dossier du musée, je m'en vais vous vendre le truc en deux-quatre-sept, et appelez-moi le petit Stéphane, faut que je renégocie son rapport à la presse. Ah, dans la foulée, prenez-moi rendez-vous avec la section radicale vaudoise, on va rénover le grand vieux parti. Et joyeux Noël, et bonne année.

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mardi, décembre 23, 2008

"Sanctus" sol invictus


Nous touchons à cette saison qui n'en est pas une, cette saison que je nomme "été paradoxal". Jusqu'aux tourterelles se croient arrivées aux beaux jours, et chantent encore mieux que dans les mélèzes de mon enfance, le chemin de Préllionnaz, la chaleur de juillet ... Il y a cette lumière incomparable d'une fin décembre ensoleillée; une avant, avant-promesse printanière ... On n'invente jamais aussi bien son temps qu'en se le rappelant, qu'en le commémorant sur le canevas du cycle des saisons. "Sol invictus" n'est pas très loin, le solstice d'hiver suivi de la calme victoire du dieu des troupes romaines, l'hégémonie irrépressible de l'état de droit, des vertus urbaines, du commerce florissant.

Je me souviens de tous mes Noëls d'impie, je me souviens du vide et de l'ennui qui les entouraient parmi la guirlandes et les boules de mauvais goûts, je me souviens aussi de l'espoir que portait la prochaine arrivée d'une année nouvelle. Je ne commémorais pas encore. Il était plutôt question de survivre, de trouver du sens entre des sentiments confus et des impressions encore plus confuses. Sans parler des questions matérielles ... L'indigence et le mauvais goût de la guirlande électrique ne menacent plus ce Noël.

Le déplacement du père P., maladroitement remplacé par deux ecclésiastiques peu amènes, me prive de la veillée dans ma paroisse. Je veux vivre cet instant primordial et symbolique de ma foi catholique dans un lieu qui fait sens, et je le ferai à Saint-François-de-Sales, ma paroisse genevoise d'élection. Je pourrai commémorer "l'été paradoxal", les tourterelles de mon enfance, mes attentes, mes espoirs passés, mon attachement à Genève, mon attachement à la personne historique de saint François de Sales; je dînerai même en compagnie de Ch., venue de Berlin comme chaque année. Nous vivrons alors le début de cette hégémonie irrépressible, le triomphe de la lumière sur l'obscurité, le symbole ancien de nos victoires modestes et si précieuses depuis qu'une promesse mystique les soutient.

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samedi, novembre 29, 2008

Ceci n'est pas un adieu


Je n'ai pas donné de nouvelles, je ne voulais pas encore vous jeter ma mauvaise humeur à la face. La paresse faisant, le temps est simplement passé, et les projets avec ... La Dignité, essai autofictif a bénéficié d'une relecture attentive, de corrections, de l'adjonction d'un appareil critique. Dans la foulée, je me suis adjoint les services d'un agent, et j'ai rédigé un récit, un éclaircissement, une sorte de suite à La Dignité. Je suis allé au fond de moi-même et de mon ressentiment ... un cri ?! Journal de la Haine et autres douleurs m'a permis une formidable plongée qui ne me laisse que des questions et de la fatigue.

Au cas où vous vous poseriez la question, je suis à Berlin. Je n'y suis pas physiquement, je ferme les yeux et je suis dans le restaurant turc de la Maassenstrasse, à Nollendorf, ou chez Dussmann ou le long de la Spree, près de l'arrêt Bellevue du S, je vais prendre un café dans un tea-room de l'autre côté du pont. Et il y a les instants de bravoures, ces moments scandaleux qui n'appartiennent qu'à Berlin et permettent l'exercice de la liberté aux hommes qui l'assument. Je n'entrerait pas dans le détail, vous ne comprendriez pas, je le sais.


Il est tard, suffisamment tard pour se faire des confidences et, "comme au bon vieux temps", alors que je vous écris, j'écoute Accuradio.com, classical crossover. Je ne fais pas mon grand retour dans ces pages ... Je vais certainement m'y faire plus rare encore. Je vous laisse revenir sur les précédents messages, sur l'exacte saveur dont j'ai voulu les emplir. Ce n'est ni une démission, ni une abdication. La Dignité est sur le point de sortir. Les projets littéraires vont bon train et il y a les autres vies, celles dont je ne sais ni quoi faire, ni quoi penser : la professionnelle et la sentimentale. Pour n'importe qui d'autres, elles iraient parfaitement bien mais, si vous êtes l'un de mes lecteurs réguliers, vous devez savoir que je ne réagit pas de façon commune ... Allez, mais allez, ce ne sont pas les derniers mots que je vous adresse.

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