mercredi, février 14, 2018

Intervention à propos du "Livre sur les quais".

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, chers collègues,
 
Je suis descendu de mon perchoir afin de vous faire part d’une ou deux réflexions propres à éclairer votre vote.
 
70'000.- voire même 100'000 francs pour un événement qui porte loin à l’aronde le nom de Morges, ce n’est pas cher payé. Dans cette même fourchette de prix, nous ne pourrions pas nous offrir une campagne de promotion touristique aussi efficace ni aussi prestigieuse. Il serait regrettable de mettre en péril une manifestation aux retombées positives et il faut effectivement opter pour une professionnalisation de son organisation. Voilà la raison pour laquelle il a été fait appel à « Grand Chelem Event SA ». Ce nouvel intervenant n’est pas une organisation de bienfaisance mais une société anonyme, une entreprise à but lucratif. Elle a commencé par éponger les dettes du « Livre sur les quais » et nous l’en remercions. Il est naturel qu’elle compte rentrer dans ses frais le plus rapidement possible et dégager un bénéfice par la suite. Elle s’est du reste déjà fait payer ses services d’un professionnalisme indiscutable. Ce même professionnalisme lui a dicté d’introduire un «pass » d’entrée payant lors de l’édition de 2017.
 
Que la commune subventionne « Le livre sur les quais » à hauteur de 70'000.- ou de 100'000 francs, il n’en demeure pas moins que les acteurs centraux de cette manifestation restent négligés. Des visiteurs sont venus pour les écouter, pour les entendre s’exprimer sur tel ou tel sujet, ces visiteurs ont même payé 15.- francs pour cela l’année dernière et les auteurs n’ont rien touché ! Hormis, une minorité qui a eu les honneurs de la salle Belle Epoque, des croisières ou des petits-déjeuners au Beau-Rivage Palace. Tant mieux pour eux ; ils sont au moins rémunérés pour leur travail. D’autres auteurs ont parfois la chance d’être salariés ou largement défrayés par leur maison d’édition, de ces grandes maisons au solide budget promotionnel. Ce n’est  malheureusement pas dans les moyens de nos maisons romandes, même les plus prestigieuses, en dépit du soutien très actif du canton de Vaud et des communes vaudoises. Vous me direz que tout ce qui touche aux auteurs est du domaine de la direction artistique du « Livre sur les quais ». Effectivement, cette instance, de sa propre volonté ou sur proposition des maisons d’éditions, délivre ses invitations. C’est à la fois un honneur et un devoir pour un auteur romand de répondre présent, du moins c’était un honneur. Depuis l’entrée de Grand Chelem Event SA dans la danse, comme un parfum de duplicité s’est mis à flotter sur les quais. Grand Chelem Event SA aurait donc à gérer, aussi, la rémunération, même symbolique, des auteurs renommés ou non.
 
Je me permets encore de vous rappeler qu’être auteur est une activité professionnelle tout comme être un élu de l’exécutif morgien, un employé de commerce au Centre patronal vaudois, un employé de commerce de détail à la Coop ou un agriculteur. Et encore plus sûrement que dans cette dernière profession, l’auteur ne vit pas du fruit de son labeur. En quoi consiste son travail ? L’auteur rédige des textes ou construit son œuvre, il soumet son travail à une ou plusieurs maisons d’édition. Parfois, rarement, il répond à une commande, et pour cela touche un à-valoir, une somme forfaitaire correspondant à une avance sur ses droits d’auteurs. Les droits d’auteurs varient entre 10 et 15% du prix de vente selon le contrat type proposé par les maisons d’éditions suisses. On parle de 8% en Allemagne. On considère qu’une œuvre romande vendue à 2000 exemplaires est un rare succès. La plupart des auteurs romands connaissent des ventes de 400 à 500 exemplaires. Si l’on fixe le prix moyen d’un volume de littérature romande à 25.- , je vous laisse faire les comptes. L’auteur travaille encore avec l’éditeur à l’ajustement de son texte, parfois donne son avis sur le graphisme de la couverture. Après publication, il accepte la charge de la promotion, à savoir des séances de dédicaces et, parfois, des interviews dans la presse écrite, à la radio ou à la télévision/chaîne Youtube, etc. Ces interventions à caractère publicitaire sont soit courtes, soit peu impliquantes. De plus, les extraits de son ouvrage qui seront lus à ce moment-là sont rémunérés et les droits perçus par l’organisation professionnelle Pro-Litteris. Le travail de l’auteur s’arrête ici. Si ce dernier est invité dans une école ou dans une manifestation à caractère gratuit, il accepte occasionnellement d’intervenir gracieusement. S’il s’agit d’une institution universitaire, il sera rémunéré, quitte à ne toucher qu’un centaine d’euros. L’auteur doit être rémunéré dès qu’il assure le show, qu’il s’agisse d’une conférence, d’une table ronde, d’un « parloir », « confessionnal » ou autre « speed dating » selon les appellations propres au Livre sur les Quais. Si modeste soit la rémunération, c’est une question de respect, respect dont témoignerait une manifestation locale à l’attention de la forte délégation romande. L’association professionnelle des Autrices et Auteurs de Suisse, faitière des écrivains de ce pays milite de même pour une rétribution de toute activité sortant du cadre de la promotion.
 
En résumé et pour conclure, Mesdames, Messieurs, chers collègues, si vous votez une augmentation de la subvention communale à la manifestation du Livre sur les Quais, ce n’est pas cher payé aux vue des retombées promotionnelles pour notre ville mais n’oubliez pas que pas une miette de cet appétissant gâteau ne reviendra aux auteurs, les principaux acteurs de cet événement. Merci de votre attention.

mercredi, janvier 31, 2018

Le quais sous les livres

Depuis 2010, lors du dernier week-end d’août se tient le « Livre sur les quais », le salon qui réunit auteurs et lecteurs dans un cadre exceptionnel. Peut-on parler de patrimoine immatériel comme dans le cas du jumelage Morges-Vertou ? Huit éditions ont suffi à rendre la rencontre incontournable. Elle fait partie du paysage de la rentrée. Les questions qui se posent aujourd’hui : comment pérenniser l’événement, comment le renouveler sans perdre la ferveur des débuts ?

Pratiquement, Morges a gagné une fantastique renommée à travers « Le livre sur les quais ». Jamais nous n’aurions eu les moyens de payer une campagne de promotion comparable à la publicité que nous offre notre salon littéraire. A ce propos, une commission du Conseil Communal réfléchit à l’opportunité d’octroyer un nouveau subventionnement extraordinaire de 100'000.- Entre le plaisir de la population, les retombées en matière de tourisme et d’image, ce ne serait pas cher payé.

Personne n’ignore les difficultés que la manifestation a traversée ni le risque de la voir disparaître. Aujourd’hui, une société dans l’événementiel est venue remettre à flots l’association du « Livre sur les quais ». Evidemment, cette société ne l’a pas fait par philanthropie ; elle s’attend à dégager si ce n’était sur l’édition 2017 du moins dans un délai raisonnable, elle s’attend donc à faire du bénéfice. Cette année, léger faux pas, elle a demandé un prix d’entrée à celles et ceux qui souhaitaient assister à une table ronde, un débat. Ce n’est pas dans l’esprit de la manifestation, du reste la  fréquentation en a souffert. En 2018, l’événement devrait retrouver son caractère complètement gratuit.

Le patrimoine immatériel peut disparaître du jour au lendemain pour cause de désintérêt, pour raison financière mais aussi par rapport à l’image véhiculée. Le livre, la littérature ont et auront toujours une image positive. Les grands noms drainent la foule qui, parfois, s’attarde devant les ouvrages d’auteurs moins connus. « Le livre sur les quais » est à la croisée des chemins. Soit il devient un événement institutionnel qui rapporte, où l’on défraie les auteurs, on paie le personnel d’accueil et les subventions servent à garantir la gratuité au public ; soit il reste un événement de qualité, à dimension humaine, où l’accueil est assuré par des bénévoles, la fréquentation reste gratuite et les subventions  serviraient à payer la prestation de la société d’events et le défraiement de tous les auteurs ayant participé à une table ronde, un débat, etc., histoire que ces derniers ne soient pas les dindons de la farce.


Article paru dans le bulletin 76 de l'Association de Sauvegarde de Morges

dimanche, janvier 21, 2018

"Barbara, la vraie vie" de Jean-François Kervéan

Je ne suis pas « barbarophile », je ne suis pas particulièrement versé dans la chanson à texte, je suis encore moins rive gauche ou droite, ou … je les confonds et je m’en fous. La gloriole gauloirisante de l’après-guerre me laisse de marbre, je ne peux m’empêcher de penser aux foules pétainistes et collaborationnistes. La mentalité en cul de sac des années 50, 60. La chanson, oui, pourquoi pas, de la variétoche, Cloclo, Dalida bien sûr, Annie Cordy, Carlos, Joe Dassin, le Big Bazar de Michel Fugain, du popu, de la paillette et de la gaudriole pour prolo, je retrouve mon jus. Donc Barbara, la grande dame brune. Jusqu’à son surnom éveille chez moi une certaine suspicion. Ma mère nourrissait contre l’artiste des préventions, quasi les mêmes que pour Jeanne Moreau. Ce n’est pas que je n’aime pas Barbara. J’ai quelques souvenirs de chansons bêlées par la dame dans le grand âge, le fameux hymne pour bar lesbien, et le reste de chansons à clefs pour des serrures qui m’indiffèrent. De plus, « Barbara » est le prénom d’une pouffe de ma connaissance, pas une mauvaise fille, une pouffe de l’entourage de mon ex’, mon Dieu, quelle période. Je n’avais pas 30 ans et j’étais pourtant loin du bonheur.

Bon, avec un livre, même s’il porte le titre de « Barbara, la vraie vie », pas besoin de l’écouter et la biographie est signée Jean-François Kervéan. J’ai eu le plaisir d’offrir un verre de vin au monsieur à la maison lors d’une édition du festival « Le Livre sur les Quais » ; Christophe Girard me l’avait présenté. Nous nous sommes échangés nos volumes respectifs du moment et j’ai découvert un grand auteur, une manière d’appréhender la matière littéraire qui me plaît, avec sincérité, sans toile peinte derrière laquelle planquer la personne de l’auteur. Authenticité, donc, et une plume déliée, un style souple, de l’originalité mais rien de forcé, de bonnes trouvailles plutôt, une véritable élégance. Evidemment, j’eusse préféré qu’il m’envoyât une biographie de Julien Green, de Truffaut ou de Montserrat Caballé mais la dédicace est si charmante, elle m’interdit de sortir l’une de mes excuses bidons, « ça n’est jamais arrivé », « on me l’a emprunté et je ne l’ai pas encore revu », « il est passé par la fenêtre ouverte du train dans un cahot ».  En plus, le bouquin est épais, il va encore me traîner aussi longtemps que le Onfray, écrit à l’arrache et d’un antichristianisme qui confine à la connerie, qui encombre une chaise depuis bientôt cinq mois en compagnie d’« Un Président ne devrait pas dire ça » et, sous la chaise, une tripotée de trucs romands illisibles. Kervéan a le mérite d’être toujours parfaitement lisible, et j’ai promis un billet ; l’auteur manque de publicité selon moi. Ce sont toujours les mêmes vantards du marigot littéraro-parigo-parisien qui l’ont ouverte, occupent le champ médiatique et ne laissent pas tant de place aux autres. Je vais tout de même corriger le tir auprès de la petite douzaine d’improbables lecteurs qui jetteront une œil sur ces lignes.

Vous ne devinerez jamais quoi ?! Comme on le dit par ici, j’ai été déçu en bien ! Jean-François Kervéan donne/re-donne une voix à la chanteuse à la rose, brosse un portrait vivant de la chanteuse de minuit, et s’entrecroisent les témoignages de ceux qui fréquentèrent la dame brune. Kervéan paie de sa personne, il n’a pas choisi de pondre une biographie de l’artiste parce que l’on célèbre les 20 ans de sa disparition. Il a cherché à aller au-delà d’une émotion, un concert à Pantin, en 1981, sous un chapiteau, les promesses de la mitterrandie et tout ça. Je n’ai pas envie de casser l’ambiance mais on est bien revenu de l’euphorie de cette époque, comme disait grand-maman « les belles paroles, ça rend les fous joyeux ». Bref, Kervéan avait 19 ans, à Paris, on promettait de changer le monder, réinventer la société. A son âge et à sa place, j’aurais peut-être aimé Barbara et j’aurais eu envie de raconter sa vie au plus proche de l’émotion qu’elle m’offrit lors de ce concert, à Pantin. Attention, ce n’est pas une hagiographie pour fans qui nous est proposée mais une enquête au cours de laquelle Monique Serf cherche sa voie, cherche à exprimer, à évacuer cet orage d’émotions qui parfois l’étouffe. Elle ne veut pas finir comme sa mère, elle est royale, elle veut un destin, son royaume, une couronne. Elle veut être libre, aimer librement, se réchauffer auprès de tous les hommes dont elle aurait envie.

Après le cul de sac des années 50, 60, Kervéan nous déroule la « success story » d’une diva de la chanson dont la seule vraie histoire d’amour c’était lui, son public. Françoise Sagan est aussi invitée à ressusciter, nous raconter avec drôlerie et un cathare du fumeur les hauts et les bas d’une amitié avec Barbara. Après avoir refermé le livre, je comprenais mieux les préventions de maman tout en les trouvant sans fondement. J’avais surtout envie de réécouter « Il pleut sur Nantes » ou « Göttingen ». 

dimanche, décembre 31, 2017

Meilleurs voeux express


Un quart d’heure pour vous souhaiter tout le meilleur pour la nouvelle année à venir. Je ne suis pas très porté sur les pratiques de la joie institutionnalisée, quasi obligatoire. J’ai échappé à quelques prises d’otage noëlliennes, je n’ai fait qu’UN Noël, chez ma sœur, avec Cy, ma mère, les chiens, neveu, nièce, petites-nièces et beau-frère. Sympathique, efficace.

Donc, pour en revenir à la raison de ce billet : tous mes vœux pour la nouvelle année, que 2018, bla-bla-bla-bla (veuillez placer ici le vœu que vous souhaiter réaliser). Vous comprendrez que le chapitre du passage d’une année à l’autre m’enthousiasme autant que la fête familialo-commerciale de Noël. Toutefois, je vous souhaite à tous, famille, quelques amis, mes bons collègues de gloubiboulga (enseignants de culture générale), à ceux de l’expographie, à tous mes nouveaux camarades de jeu en soin et santé communautaire, à mes élèves, aux membres du Conseil Communal morgien, à la muni morgienne (après un voyage épique à Vertou, j’ai eu l’occasion de mieux les connaître), au bureau du Conseil Communal, à ma famille politique UDC bricolo où l’on est nettement moins raide de la nuque que l’on n’imagine, à vous, mes lecteurs, que vous me connaissiez par ce blog ou quelque autre écrit, à vous tous, bonne année 2018. Le mot d’ordre : soyez fidèles à votre liberté de croire ! Vous avez 365 jours pour développer. Vous remarquerez le léger paradoxe de la confrontation des items « fidèles », « liberté » et « croire ». On frise le double oxymore. A vous de voir. Retour des copies au 31 décembre 2018, 23h59 dernier délai.


Je vous demanderai à tous d’avoir un souhait pour 2018, de tous penser à l’une de mes collègues, une personne admirable, sympathique pour qui j’ai respect et, même affection ; cette personne attaque la nouvelle année par un combat contre la maladie. Croyez aux forces de l’esprit, au miracle de la prière. Essayez et associez-vous à ma propre prière, que ma collègue traverse l’épreuve de la maladie et s’en remette. Je vous tiendrai au courant et ce sera notre victoire en 2018  

lundi, décembre 04, 2017

Lettre ouverte à l'Eglise évangélique réformée du canton de Vaud


Festivité du schisme luthérien aux portes de Notre Dame de Lausanne
A l’occasion des cinq cents ans du schisme luthérien, tu as fêté cet anniversaire en tenant des stands ici ou là au marché. Je t’y ai rencontrée et ai échangé quelques paroles avec des tes représentants, une femme entre-autre, soit femme de pasteur, soit pasteur ou pastrice, je ne sais pas exactement quel titre tu donnes à tes ministres du culte de sexe féminin. En quelques paroles, le ton est monté. La dame encaissait assez mal la réalité historique qui a mené à ta naissance, à savoir que tu étais l’Eglise de l’occupant bernois, que cet occupant s’est surtout servi de toi à des fins de domination politique et de contrôle social. Tu as fait ta place dans le Pays de Vaud car l’ours de Berne avait interdit la pratique de la foi catholique en dépit du profond et fidèle attachement des Vaudois pour Notre Sainte Mère l’Eglise, celle de Rome, celle qui a construit ce pays, qui a planté les vignes au Lavaux. La dame (pastrice, épouse de pasteur ou fidèle enthousiaste) a encore eu le mauvais goût de ressortir le fameux … fumeux et poussiéreux récit de la Dispute de Lausanne. Une dispute ? un procès stalinien plutôt. Notre sainte Mère l’Eglise catholique romaine et apostolique s’était refusé à participer à cette pantalonnade. Farel et Calvin accompagné de Pierre Viret sont allés quérir un obscur moinillon inculte pour le soumettre à leurs trucs et astuces de sophistes lettrés … Ce bon Pierre Viret était surtout la caution locale de cette comédie grotesque. Sais-tu, chère Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, pourquoi le prédicateur français Farel traînait par chez nous ? Non ?! Il avait été engagé, salarié par Berne pour aller répandre la bonne parole protestante à Neuchâtel et dans le Pays de Vaud. Il s’agissait d’exciter les bourgeois à rejeter les autorités ecclésiastiques catholiques afin de se mettre leurs biens dans la poche et déstabiliser au passage le pouvoir  politique du duc de Savoie, notre bon maître du Pays de Vaud. Quant à Calvin … Il est arrivé à Genève une peu par hasard, appelé par Farel avant d’en être chassé avec ce dernier pour des histoires de pain azyme, célébration de l’eucharistie. Je n’ai malheureusement pas remis la main sur la source qui laisse sous-entendre d’autres raisons au renvoi de Calvin. Il reviendra pour le malheur de Genève. Le reste de sa vie sectaire, les condamnations au bûcher ou à l’estrapade qu’il exigea à plusieurs reprises ne rendent pas le calvinisme très engageant …

La dispute de Lausanne, par F. Bocion, selon le récit de la légende officielle
Pour en revenir à la « Dispute », le moinillon se fit embrouiller en moins de deux et Berne déclara qu’il avait ainsi été prouvé que le protestantisme avait raison sur Notre sainte Mère l’Eglise. Depuis quand la vérité mystique d’une religion, la sincérité de l’attachement d’un peuple à sa foi se prouvent sur la base des conclusions d’une dissertation publique ? L’Amour de Dieu, la Communion, la communauté des chrétiens catholiques ne se réduisent pas à une joute verbale. Le site jean-calvin.org expose du reste à la va-vite cet épisode, et d’une manière si caricaturale que j’en ai honte pour toi. Pour revenir à ta servante, la dadame pasteurisant ou épouse de pasteur, le ton est encore légèrement monté lorsque je lui ai exposé que, nous autres catholiques vaudois, membres de la communauté religieuse majoritaire dans ce canton, aimerions bien retrouver une partie de nos lieux de culte historique (la cathédrale Notre Dame de Lausanne, l’Eglise Saint-François, l’église abbatiale de Payerne ou de Romainmôtier), que nous cultivons un sens historique et que, après la réforme tridentine et Vatican II, nous pourrions ainsi boucler la boucle. Nous avons admis nos erreurs. Il ne s’agit pas de te chasser des tes lieux de culte, il s’agit de partager, de revenir dans ces lieux saints du catholicisme vaudois que, souvent, tu as pillé et dénaturé au nom de tes convictions iconoclastes. La dadame était alors hors d’elle, m’assurant que ce genre de décision ne m’appartenait pas, ni à elle, mais à l’autorité politique. « Je suis un petit peu l’autorité politique et je compte interpeler Mme la conseillère d’Etat Béatrice Métraux à ce propos. » La dadame est restée sans voix et a fait mine de ne plus me voir. Le pasteur avec qui j’avais aussi échangé, un homme de foi, un serviteur sur qui tu peux compter, a tenté de détendre l’atmosphère par des propos œcuméniques avant d’entendre, sincèrement, ma demande qui est la demande de tous les catholiques vaudois. Rendez-nous au moins l’accès à notre cathédrale, nous pouvons sans autre la partager comme nous partageons déjà la chapelle Saint-André, une construction récente des hauts de Lausanne où sont célébrés tant la messe que le culte.

Chère Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, je peux bien te le dire, je ne t’aime pas. Néanmoins, je te respecte. Je pourrai me battre pour assurer ta pérennité en terre vaudoise. Depuis quelques années, la Constitution vaudoise te force à partager le gâteau de l’impôt ecclésiastique avec nous autres, ceux que tu appelais il y a encore un demi-siècle les « papistes ». Je ne t’aime pas mais j’en suis triste. J’aimerais t’aimer si seulement tu pouvais admettre tes origines discutables, si tu assumais la part d’arbitraire, de totalitarisme qui a mené à ta naissance ; quand regarderas-tu enfin en face et sans faux-fuyant ton histoire. C’est un catholique qui te le dit. Regarde Notre … Ma très sainte Mère l’Eglise catholique romaine qui, depuis Vatican II, a décidé d’assumer TOUTE son histoire et même d’amener de la lumière sur les zones les plus sombres de son existence. J’ai été très touché quand tu as cloué le bec de tes fidèles évangéliques homophobes en adoptant la pratique d’une bénédiction devant Dieu des couples de même sexe. Je t’ai aimé un peu ce jour-là. J’ai été très fier que tu sois vaudoise.

Au fait, je n’ai pas fui tes rangs, je ne t’ai pas abandonnée. Tu n’as simplement pas fait ton travail. Mes parents, ma famille, tous sont protestants. Une date avait été arrêtée pour mon baptême ; j’étais un enfant de quelques mois. Il a fallu repousser, j’étais malade. En vingt ans, jamais tu ne t’es inquiétée à mon propos, jamais tu n’es revenue me parler de ce baptême manqué. Tu as envoyé, quand j’avais dans les neuf-dix ans, un pasteur à face de carême dans mon école, dans ma classe. Il n’a fait que marteler aux gamins que nous étions qu’il ne fallait pas prier Dieu « pour avoir de bonnes notes ou pour avoir de jolis cadeaux à Noël ». Déjà que Dieu, on ne pouvait pas le voir mais si, en plus, il ne sert à rien de sympa, autant le balancer aux objets encombrants même s’il n’est pas là tout en étant partout !!! Ton incurie, ta maladresse m’ont éloigné de Dieu jusqu’à près de 20 ans. J’aurais pu mourir 100 fois hors du baptême. Si tu crois encore en tes sacrements, tu comprendras le péril auquel tu m’as exposé. Comme tu peux t’en apercevoir, je ne suis pas encore mort et j’ai eu le bonheur d’être baptisé. J’y vois la marque de la volonté divine. Tu as négligé tes devoirs et c’est l’Eglise de Rome qui m’a accueilli. Elle n’est pas venue me chercher ; après un épisode de révélation, je me suis mis à rôder autour du tabernacle, je recherchais la présence de Notre Seigneur et je l’ai trouvée. J’ai connu alors une vérité mystique indicible si éloignée de la stérilité de tes temples souvent aussi accueillant qu’un hall de gare. Je sais, là ou deux ou trois sont réunis en Son Nom, Il est présent, pas besoin d’avoir des temples ruisselants de dorures, chargés d’images et de vitraux, c’est contraire à tes principes. Sur les bancs de tes lieux de culte, je n’ai jamais rencontré personne, au mieux j’y ai trouvé le sommeil.

Chère église évangélique réformée du canton de Vaud, tu excuseras le ton très franc voire même provocateur de ma lettre. J’ai décidé de te parler sans ménagement dans l’espoir de, peut-être, m’entendre enfin avec toi. Je ne rejoindrai jamais tes rangs, je ne reviendrai pas sur ma confirmation. Du reste, si j’avais été baptisé dans ton culte, je ne t’aurais pas quittée. Peut-être serais-je même devenu pasteur. Je viens témoigner de l’attente de mes coreligionnaires, à savoir laisse-nous à nouveau célébrer les mystères de notre foi dans cette cathédrale que nous avons construite, dans ces églises, ces chapelles dans lesquelles nous avons affermi notre foi. Nous pouvons partager; ces lieux sont devenus aussi les vôtres. Une messe par an à la cathédrale, c’est bien trop peu. Laisse-nous y donner une messe par semaine, le samedi en milieu d’après-midi, lorsque ça ne dérange pas le calendrier des cultes ou en semaine, pourquoi pas, le jeudi par exemple, n’importe quand nous ira mais, par pitié, assume ton histoire et ne nous prive pas de la nôtre en nous fermant la porte de nos église ancestrales. 


lundi, novembre 06, 2017

Retour de Budapest et à propos de la consultation de mon blog


J’eusse aimé … mais pas le temps, pas le temps entre la présidence du Conseil Communal et toujours quelques projets littéraires. Donc, sous l’impulsion de l’association des employés de l’établissement où « j’évangélise », j’ai visité la capitale hongroise. Je n’ai pas vu mes collègues, léger problème d’organisation, on ne change pas une équipe qui gagne surtout quand elle perd … Bref, j’ai découvert Budapest, versant touristique, difficile d’aller au-delà, quelques ouvertures toutefois, lorsqu’on dépasse la barrière de la langue. La ville a retrouvé l’éclat d’une capitale d’empire, le cosmopolitisme K und K de l’universalité en mode germanique, cette vision du monde capable d’intégrer au-delà de son groupe culturel. Quoiqu’en l’occurrence … Beaucoup de touristes, beaucoup de sécurité, pas de mendiants, pas un seul dealer, quelques SDF, âgés et locaux. Je peux imaginer toutes les détresses que cache cette situation quasi idyllique mais le flâneur y trouve son compte. J’ai déambulé dans cette ville qui m’est étrangère comme il y a trente ans dans Lausanne. Il est vrai que je n’ai pas visité la banlieue. Atterri samedi après-midi, envolé le mardi suivant en début de matinée. Dans l’intervalle, j’ai sillonné la Váci utca, hybride de la rue de Bourg, de Saint-Denis et du faubourg Saint-Honoré, à la fois chic, pute et touristique qui débouche sur la Vörösmarty tér, belle place bornée par une institution : le salon de thé Gerbaud, établissement de tradition fondé en 1858, fournisseur officiel de maisons royales. Le décor n’a pas changé, ni les gâteaux, ni l’atmosphère. Budapest a grandi sitôt devenue la capitale du royaume hongrois et, parallèlement, une villégiature pour la cour, la bonne société autrichienne. On continue, du reste, de vous servir en allemand au Café Gerbaud alors que l’anglais a tout supplanté ailleurs.

La bulle touristique budapestoise a donc imposé l’anglais comme une garantie d’émancipation de la Hongrie nouvelle, maîtresse de son destin, quasi triomphante sous la férule de son guide Viktor Orbán et, surtout, indépendante de Bruxelles ! De l’autre côté, le « viktator » fait la chasse aux institutions étrangères installées sur sol hongrois. Comment se glisser de l’autre côté du rideau ? Effleurer la réalité budapestoise outre les échanges standards avec serveurs, vendeurs, chauffeurs de taxi et hôtesse d’accueil ? Trois séquences. La première, messe dominicale à la basilique Saint-Etienne, fête de Notre Dame de Hongrie. De vieux habitués aux premiers rangs, la nef est pleine, une foule fervente, belle participation, communion dans la foi, l’histoire et l’identité nationale, toujours douloureuse après l’occupation ottomane et son martyr consécutif, la partition du territoire post-diktat de Versailles, l’entrée dans l’Axe en 1940 (totalement assumée et paradoxalement problématique) et pour finir l’abandon à la dictature stalinienne. La chute du mur et l’intégration européenne représentaient une libération, Bruxelles est conçue comme une tentative de domination supplémentaire. Et encore de l’anglais, une traduction de l’homélie, les Hongrois sont conscients de la difficulté et de la rareté de leur langue. Deuxième séquence, une conversation de bistrot avec un autochtone voulant s’informer de la provenance de mon sac et l’échange s’est poursuivi sur des considérations sociales. Mon interlocuteur est issu de la minorité roumaine, il fait une formation d’assistant dentaire. Il me dit que la vie est chère mais la ville est belle, sa fréquentation est douce. Pas un mot quant aux discriminations auxquelles cette frange de la population hongroise est en bute. Nous parlons encore des nombreuses églises de la ville, mon assistant dentaire est catholique, pratiquant, il me l’a dit, il porte une croix et une médaille autour du cou. Troisième séquence. En redescendant de la colline de Buda, envie de m’arrêter dîner dans un restaurant végétarien de quartier. Il faut que je retire de l’argent liquide, une banque m’ouvre son guichet électronique à côté, un espace criard et trop éclairé, la porte ne répond pas à ma postcard, une femme derrière moi me baragouine quelque chose en anglais, je pense à une gentille siphonnée, SDF selon la denture, l’absence de denture et les sacs plastiques superposés. Un client qui sort me tient cette fichue porte, la femme me suit. Elle cherche certainement un abri pour la nuit. Elle me demande quelle langue je parle, elle pratique le français, à un très bon niveau, une langue émaillée de quelques expressions maladroites. J’attends sa demande, une obole, j’ai un billet de 500 forints en poche, un peu moins de deux francs suisses, le distributeur de la banque ne m’a gratifié que de très grosses coupures. La conversation avance. Toujours pas de demande, cette femme me raconte qu’elle était enseignante, je veux bien la croire. A part les dents, les sacs et un trou dans la manche de son manteau, elle présente un aspect normal, presque coquet. Elle parle poésie, me demande mon adresse, pour m’écrire, toujours aucune demande d’argent. J’ai l’impression de tourner une scène du « Rideau déchiré » et la comtesse Kuchinska de demander une adresse, voudrait-elle d’un répondant afin de pouvoir quitter le pays ? Légère honte, je suis pris au dépourvu, je donne l’une de mes anciennes adresses lausannoises, j’accepte la sienne, une sous-location apparemment, dans un village de la banlieue éloignée. Je lui tends le billet de 500 forints avec une pièce de 200, elle me demande pourquoi ce geste ? Je lui rétorque que je suis moi-même enseignant, que je sais les retraites extrêmement maigres dans les pays de l’ex-bloc soviétique, c’est un geste de solidarité entre gens de la même profession, je lui désigne le trou sur sa manche et lui dis avoir deviné que sa situation ne doit pas être facile tous les jours. Nous échangeons quelques propos sur la politique hongroise, elle baisse la voix et me glisse « Orbán est un malade mental ». Les Hongrois ne parlent pas de politique, en tout cas pas avec des étrangers, très peu de slogans dans la rue. Du reste, il n’y a quasi pas de tags, pas d’affichage sauvage, uniquement la retape officielle pour des élections futures en format international sur les grands boulevards d’accès, sinon rien. La bulle.

Budapest m’a profondément touché, la ville est incontestablement belle, je l’ai un peu « cartographiée », je suis allé de-ci de-là, multipliant les moyens de transports et cette barrière de la langue, à l’oral mais aussi pour comprendre ce qu’indique les enseignes, les panneaux. Je sais que j’y reviendrai, non pas pour ses « ruin bars » ou pour aller trempatouiller dans de l’eau tiède avec des obèses russes et des chinois aux conceptions hygiéniques exotiques, je me baigne soit lorsque j’ai chaud ou que je suis sale. Si j’ai froid, je me mets sous la couette avec quelques chiens en guise de bouillotte et l’affaire et faite. Non, je reviendrai à Budapest car, sur le pont Margit, sous les derniers rayons du soleil, la ville parlait, elle raconte ses collines, ses quartiers, son histoire, sa grandeur même si elle y croit bien moins que tous les dirigeants politiques qui se sont succédés dans ses palais. Elle est une étape, un relais, près à être réactivé un jour prochain et je compte en être témoin.


Second point que j’avais envie d’aborder dans ce billet – j’eusse pu en écrire un second mais par économie de temps, je vous fais un combo – second point donc, la fréquentation de mon blog. Si vous-même êtes contributeur d’une publication en ligne, vous savez que dans la coulisse, vous pouvez obtenir toute sorte de renseignements statistiques, entre autres l’origine nationale de vos lecteurs. Bizarrement, la consultation du « Monde de Frevall » a explosé outre-Atlantique dès l’élection de Donald Trump à la présidence ?! Ce n’est peut-être qu’un hasard mais j’imagine les p’tits gars de la NSA, l’un des préposés au groupe de surveillance en français tombant sur ma prose et s’en entichant, une petite fiche de signalement afin de satisfaire sa curiosité de lecteur tout à son aise. Peut-être qu’il s’agissait d’une mission de renseignement en vue du voyage de POTUS en Europe ? Dès l’arrivée de l’intéressé sur le vieux continent, le nombre des consultations chute drastiquement et mon blog retourne dans sa confidentialité originelle. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Figurez-vous que, depuis août, la fréquentation remonte grâce à mes visiteurs … russes ! On peut donc légitimement imaginer que les aléas de la politique morgienne soient connus du FBI, de la CIA et du FSB (nouvel avatar du KGB). 

mardi, octobre 17, 2017

"Léo et Louis" d'Alain Primatesta

Il est de ces romans, légers en apparence, qui se prolongent par un parfum subtil sitôt la dernière page tournée. Il s’agit en général de récits brefs, une histoire en passant, une histoire, celle du garçon d’à côté, de sa mère ou de son père … Quoique, avec « Léo et Louis » d’Alain Primatesta, les pères n’ont de loin pas le premier rôle.

Rome, une mère célibataire, son fils grand ado, une lettre, un courrier, un faire-part, on annonce le décès d’une femme, la femme d’un homme qui aurait pu, qui aurait dû être  l’époux d’une autre. L’ado, curieux, pose quelques questions, interroge et le voile sur un secret vieux de dix-huit ans se déchire. Robert Laprat, l’expéditeur du faire-part, est le père de Léo. Cette prime révélation va pousser notre jeune héros dans une sorte de billard existentiel. Il n’est pas le joueur, il est la bille, frappée par une autre bille ; il rebondit contre la bande et frappe une troisième bille qui disparaît dans une poche. Plus prosaïquement, Léo décide de partir à la rencontre de ce père inconnu, ce Robert en totale rupture et commence un périple ferroviaire italien doublé d’un second récit en échos, mise-en-abîme, un roman trouvé coincé sous un siège.

Primatesta nous promène avec délice dans cette Italie post-félinienne, parmi les aléas de la Ferrovia Statale, et l’auteur s’y connaît, c’est un grand spécialiste de la chose ferroviaire ! Il nous raconte Milan, la Stazione Centrale, le chic lombard, l’opulence, l’exubérance et la retenue de la grande ville. Il le fait dans une langue claire, une belle écriture blanche, le détail parlant, une délicatesse d’autant plus adéquate que le récit prend alors un virage, une rencontre, le jeune Léo se découvre et le lecteur alléché le découvre par la même occasion. Il n’est pas question de sensualité en vrac, déballage de nichons plus ou moins flétris ou concours de calibres, avec tout ce que l’on n’aimerait pas savoir de la pratique des boîtes à cul … Primatesta nous offre de l’érotisme, du vrai, pur et dur (prenez-le comme vous voudrez), de l’allusif encore plus électrique que dans « Les Amitiés particulières », de ce cochonnet de Peyrefitte. Il faut dire que l’époque n’est plus la même et qu’il n’est pas question de décapsulage tarifé ou de qui fait l’homme, qui fait la femme ?

Comme annoncé plus haut, le récit central fait échos à une aventure sentimentale qui, elle, se serait déroulée au début du XXème siècle, dans l’arrière-pays niçois. On croirait lire un roman de Germaine Acremant (Ces dames aux chapeaux verts) ou de Jean de la Brète (Mon oncle et mon curé), cette bonne littérature populaire de la fin du XIXème et du début du XXème, pleine d’humour, de situations piquantes, de bon sens et d’une certaine morale. Léo lit les aventures de Louis et, peut-être, un lecteur de « Léo et Louis » se sentira personnellement interpelé, reconnaîtra le motif … ou la figure pour reprendre la métaphore billardesque précédemment filée. Bref, avec « Léo et Louis », Primatesta ne cherche pas à éblouir par quelque effet, c’est un bon artisan, un excellent conteur qui, au passage, nous en apprend pas mal sur l’histoire du transport public. De belles scènes, de jolis panoramas, des personnages crédibles, des situations touchantes : ne reste plus qu’à adapter « Léo et Louis » au petit écran, une jolie mini série de 5-6 épisodes pour la prochaine saga de l’été.