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lundi, novembre 21, 2022

 


Il faudrait que je donne des nouvelles, dire que tout va bien, finalement, outre la colère, le dégoût, le mépris … Je ne citerai pas de noms, à peine quelques circonstances : le collaborationnisme des bistrotiers, des espaces culturels, des autorités de la bonne ville que nous avons quittée. La résistance d’une poignée aussi. Vous me direz que notre nouveau séjour rural a certainement été touché par les mêmes maux, la même petitesse, le même délire nasitaire. Soit. Nous n’y étions pas. Ce village est une page blanche, une sorte d’armistice. En attendant. Godot ? la vérité ? le grand soir ? la résurrection des boutons de guêtres comme le disait grand-maman ? En attendant que les salauds, demi-salauds, demi-sel et autres seconds couteaux soient traînés devant les tribunaux. En attendant un timide « nous nous excusons », « nous avons eu tort » et, peut-être, reprendre là où on en était resté. En attendant, les promenades le regard courant sur les crêtes du Jura, le silence de la nuit, les étoiles, l’odeur de l’air, autant de remèdes dans ce qui ressemble à une convalescence. Même les tableaux ont l’air plus heureux aux murs de la ferme Bally ; nous louons des comble chez le paysan poète. Selon le trajet de la balade avec les chiens, je passe trouver le défunt homme au cimetière, j’ai trouvé sa tombe, qu’il partage avec sa soeur et son épouse.

dimanche, mai 10, 2020

Fin de partie ( covid -19 etc. )



L’air sent bon, l’air sent bon comme dans mon enfance, un mélange d’herbe fraîchement coupée, de fleurs, de murs recuits par le soleil sous le piaillement des moineaux, le roucoulement des tourterelles. Il est trop tôt dans la saison pour entendre le cri cinglant du martinet haut dans le ciel. Peut-être que le shampoing du sarough mir récemment acheté et installé dans le salon d’été contribue-t-il aussi au « parfum de l’enfance, matinée de mai ensoleillée »? Accessoirement, je vais bien. Plutôt bien. J’ai dans mon état normal toujours un truc qui foire un peu comme avec les voitures italiennes, celles d’avant les fusions-acquisitions, quand les voitures italiennes étaient vraiment italiennes dans l’apparence et la technique, et le plaisir de les conduire. A cinquante ans, je me porte bien. Lorsque je passe voir un généraliste pour des histoires de voies aériennes supérieures enflammées, engorgées, entre asthme et sinusite, avec quelques ramifications parfois dans la sphère auditive, je le vois étonné à la mesure de ma pression artérielle, à l’écoute de mon rythme cardiaque ou, suite à une prise de sang, à la lecture de mon taux de sucre et de cholestérols (oui, il y a plusieurs cholestérols), le tout indiquant les valeurs médianes parfaites comme dans les ouvrages médicaux de référence. Il se trouve que je fais du sport (fitness, 3-4 fois par semaine) et je mange – un peu trop – des produits de qualité, beaucoup de fruits, peu de junk-food et, quand je bois, assez souvent, ce n’est jamais du  tord-boyaux. Pour revenir au « parfum d’enfance », compléter la bande son, j’ai omis le passage occasionnel et paresseux d’un petit avion vrombissant qui me fait toujours penser aux albums de Tintin.

Quand je ne vais pas bien, ce qui arrive régulièrement, de la bobologie moyenne dont je me remets, je peux toujours me consoler à l’idée du monde autour de moi qui tourne et vit, et croît, et forcit et parfois meurt, renaît, etc. Mais c’était avant. La partie vient de se terminer et je me retrouve à aller bien inutilement. Je n’écoute plus les nouvelles, je ne regarde plus la télévision du reste, à part la diffusion de films ou de séries, policières avant tout. Je coupe le son pour tout le blabla annexe, j’ai honte pour cette société alentour sur laquelle je devrais pouvoir m’appuyer, à laquelle je contribuais par toute sorte d’activités, l’idée de « payer mon écot » comme on dit ici. C’est la honte que l’on éprouve pour un proche ou une autorité, un parent, un aîné qui suscitait notre respect même lorsqu’on n’était pas d’accord avec lui, avec qui il arrivait que l’on se dispute avant de comprendre son point de vue sans forcément l’accepter. Aujourd’hui, c’est fini. Une sorte d’Alzheimer métaphorique et viral l’a emporté. Paradoxalement, ça ne m’empêche pas d’aller bien, ça n’empêche pas le « parfum d’enfance » de se répandre dans la pièce, une voile sur le lac, quelques nues accrochées à la crête de l’alpe composant le panorama, la vue du salon d’été.

Je me disais, « c’est bien, on y arrive », entre l’expérience, une certaine sagesse venue avec l’âge et le fait de participer activement au système, je pouvais y croire, même quelqu’un sans fortune, sans titre ronflant, sans grande influence (je parle de moi et sans fausse modestie) arrivait à faire bouger un peu les choses, la politique des petits riens pour le bien collectif. C’était avant. Fin de partie. Le papier-peint s’est mis à décoller. Avec les « événements », je refuse de les nommer autrement, ce serait leur donner une réalité qu’ils n’ont pas, avec « les événements » donc, je m’aperçois que les sans-grades avec ou sans syntaxe, nous n’avions jamais rien été d’autre que des petits chiens qui bougent la tête pour plage arrière de voiture. Même si tout cela, notre bonne vie néo-bourgeoise, les cafés, les spectacles, les journaux, les dernières collections, les expositions de peinture, même si tout cela n’était qu’un simulacre, je l’aimais bien cette mise-en-scène. Nous avions des projets. Deux éditeurs me promettaient des publications prochaines reportées au mieux et désormais aux calendes grecques. Cy. s’apprêtait à monter et à jouer une pièce  au off d’Avignon. Il y avait Pâques dans  ma bonne paroisse … C’est ici le point le plus douloureux, l’abandon des serviteurs de Notre très Sainte Mère l’Eglise catholique qui, lorsque des fidèles dans mon genre ont regimbé devant ce jeûne forcé de la Communion, ont lâché un « la Communion n’est pas un dû mais un don », comme un pet à la face des fidèles et autre « Communion de désir », à savoir tu y penses très fort et ça finira par arriver !!! Je dois écrire une lettre ouverte à notre évêque au sujet de la lâcheté et du manque d’imagination de ses troupes, peut-être parce que rémunérées massivement par l’Etat dans notre diocèse et puisque qui paie commande …

Le papier peint  a complètement décollé, l’air sent bon, comme dans mon enfance, je vais bien, tous nos projets sont caduques ou à foutre aux chiottes, le Seigneur saura nous en rendre grâce et, heureusement, il y les réseaux sociaux. Alors que des proches cèdent à l’hystérie grossièrement orchestrée par les médias et les autorités, il y a des voix que se sont fait entendre dans mon fil d’actualité, d’autres sans-grade et sans plus de projets qui vont bien, ni pire ni mieux qu’avant, qui se sont signalés, avec qui partager si ce  n’est un verre en terrasse du moins notre stupéfaction, notre indignation et de l’amitiés au passage. Heureusement, chers amis du grand réseau, heureusement que vous êtes là et l’espoir de re-bricoler un truc entre nous et d’autres, un truc qui ressemblerait à cette bonne vie néo-bourgeoise multipartite, multinationale, riche de saveurs et de caractère.

jeudi, juillet 30, 2015

Retour de Berlin

Pas même une semaine … je suis rentré il y a six jours, une nouvelle théière, quelques boîtes de thé, un trench-coat, un blazer, un presse-papier dans mes bagages en sus du linge sale, de quelques mots peu amènes contre une autre ville, magnifique pourtant. Je suis rentré de Berlin où j’ai … berlinisé, à savoir j’ai marché, bu du vin blanc sec, visité une exposition de peinture, suis allé à la messe, au cinéma, au fitness, ai très copieusement déjeuné ou dîné avec Mmes von Jena mère et fille, avec Christine et ses parents, son frère. Et je me suis tant de fois retrouvé à table seul avec Berlin, derrière un schnitzel, une soupe de lentilles ou une salade de pommes-de-terre accompagnée de deux viennes. Et les petites pauses café, quelques aperol-spritz, une tranche de strudel. Marcher dans et avec Berlin. 

Il y a peu, à la radio, on m’a fait remarquer que Berlin, c’était la nuit qui n’a pas de fin, la scène électro, la fête … Pour les touristes peut-être, les noceurs de haut-niveau qui courent les capitales de boîtes en festivals comme on courait les opéras dans le passé. Je n’ai jamais eu ce snobisme et ne suis jamais allé « en boîte » que pour « emballer ». Etant marié, je suis exonéré de la nécessité de la fréquentation de tels lieux. Et, même, si j’étais célibataire, je profiterais du sens pratique de Berlin qui connaît bien une quinzaine d’établissements de … cruising. Je ne vais pas vous faire un dessin, vous n’avez qu’à vous documenter sur le sujet. Berlin, avec son pragmatisme bon enfant, est une ville d’un autre siècle. La première puissance européenne a pour capitale une ville de la Belle Epoque. On a beau y multiplier les gratte-ciels, les parallélépipèdes rectangles de verre et d’acier, l’ombre des Guillaume plane encore sur la ville.

J’ai fait des infidélités à la Winterfeldstrasse. Après ma pause pragoise, j’ai loué dans l’Akazienstrasse un adorable rez-de-chaussée agrémenté d’un jardin de curé, moussu, traversé à la nuit tombée du vol furtif des chauves-souris. J’ai respiré l’air précieux de Berlin du fond d’un lit Louis-Philippe, j’ai aspiré ce fluide merveilleux aux vertus quasi-magiques, et sur ma couette, « L’Homme sans qualité », le récit sans pathos de la débâcle à venir, à demi-mot les vertus d’une époque. Musil adorerait la Berlin d’aujourd’hui, ma Berlin, ma petite ourse affectueuse et maladroite. Musil passerait certainement beaucoup de temps à observer les gens dans les cafés, les touristes aux abords des grandes attractions. Il saurait analyser avec le sérieux et l’ironie nécessaire la politique européenne actuelle.


A Berlin, j’ai berlinisé ; j’ai laissé filer le temps entre deux rencontres, entre un aller et un retour, entre les courses et de pseudo-obligations. J’ai pris la pose, un peu, je vais plutôt bien dans le décor. Depuis le temps, je fais partie du paysage. Et je me suis fais à l’idée que je ne reviendrai pas avant, oh ! pas avant novembre.

dimanche, novembre 23, 2014

Cinéma Bellevaux, extrait du "Cahier vert"

Hier soir, le 22 novembre

Pourquoi partir alors que la brume, une brume d’automne, magique, piquante, enveloppante dans la jeunesse de la nuit … Je suis descendu du 3, à son terminus, Bellevaux, une soirée dédicace, les nouvelles publications de l’un de mes éditeurs. J’y vais pour m’occuper. Cy. tape le carton après une fondue avec ses amies du théâtre. Le « vernissage » se déroule dans un cinéma indépendant, je ne retrouve plus le chemin, j’aurais envie de me perdre pour une heure dans ce cadre familier et étranger à présent mais cette nuit dont la texture est tressée de légendes, de contes, de merveilles dans les hauts beurk de la ville où les bâtiments portent d’étranges noms, où je découvre des cafés, des tea-rooms et, même, une épicerie merveilleuse ouverte en soirée. A peine dix minutes plus tard, je retrouve le cinéma, Stéphane qui entre quasi en même temps que moi, chargé du grignotage du cocktail ; j’aimerais encore marcher dans le petit bout de conte que je me tricote, encore une bonne demi-heure, mais j’y suis et Maude, Alexandre, André ; et le maître de céans, Julien ? Serge ? Je ne connais pas son nom, je bois quelques verres et l’interroge sur la « résurrection » du cinéma. Il vend bien son projet, je vais devenir membre de l’association de soutien, 30.- de cotisation annuelle, trois fois riens pour une bonne action et je trouve mon interlocuteur sympathique ; il a la taille serrée dans un blouson style perfecto de toile noire, la main fine, les traits délicats, le teint diaphane. Olivier est arrivé avec Jean-Luc. Olivier est descendu de La Tchaux. Les auteurs présentent leur texte. Plein de jeunes gens, jeunes filles dans la salle ; je n’ai pourtant pas tant bu, je les trouve tous beaux. Peut-être un effet des granules homéopathiques que j’ai prises en chemin, Gelsemium, histoire de me préparer à l’intervention de lundi matin, des histoires de sinus, narcose complète, etc. J’aurais encore moins de liberté de manœuvre qu’en une semaine de croisière de blaireaux de luxe avec le risque de me retrouver mort, aveugle ou con ! dans un état qui compliquera radicalement la poursuite de ce cahier vert.

            Je parle un peu clubs pointus, son électronique et Berlin avec Thibault. Auparavant, nous parlions de Foenkinos avec Olivier et Maude, je partirai après avoir parlé de séduction et de lieux de pratiques sexuelles gays avec André et cette charmante jeune fille dont je ne me rappelle pas le nom mais le visage. Un garçon brun, yeux bruns, barbe brune lui caresse la cuisse. Je me tiens arc-bouté entre les dossiers de deux rangées de sièges, un genou sur un accoudoir. Le garçon brun a un regard pétillant. Comme ils sont tous jeunes ! Je me décide enfin à partir. Julien ? Serge ? le jeune homme au perfecto m’interpelle par mon prénom, me tend ma carte de membre de l’association de soutien du cinéma sur le pas de la porte. Je compte revenir. Dehors, je retrouve le charme singulier de cette nuit, j’attrape le 8 au vol, une clientèle d’usagers populaire, variée, métissée selon l’expression consacrée. Dans le demi-jour du bus, des brillants étincelaient délicatement aux oreilles d’un jeune père, sa fille dans un pousse-pousse devant lui ; elle porte aussi de petites boucles d’oreille. La mère est assise un peu plus loin, ses grands yeux sombres sourient. Dans le cinéma, la lumière était basse aussi ; elle brillait de la même intimité que cette nuit. Je n’avais rien préparé de ce voyage. Je me suis décidé à faire un saut, rencontrer des amis, des connaissances, mes éditeurs. Je suis monté dans le 3 au sortir de la gare et, alors que le trolleybus roulait vers sa destination, je me suis replongé dans ma lecture, un inédit de Gracq, « Les Terres du couchant », un voyage aussi, une quête sans appel à l’extrémité paradoxale d’un royaume trop vieux, et des monts, des vallées, des forêts, des rencontres aussi. Faudrait-il choisir entre Bögli (je parlais de la voyageuse et autrice suisse Lina Bögli au début  de ce chapitre), Gracq ou blaireaux de luxe comme entre les voyagistes truc, chose et bidule ? Le plus amusant, je m’étais promis, sur le chemin du cinéma Bellevaux, de réfléchir pour moi-même à la ville où je voudrais m’installer, d’ici cinq ans, une petite idée, pas forcément Berlin mais, ravi par cette nuit de sobre merveille, cela m’est sorti de l’esprit. Je me déciderai demain matin. 

vendredi, janvier 19, 2007

Le bureau de Thomas Mann


Il est plus d'une heure du matin ... Je suis assis dans mon lit, observé par la bergère, dans le coin de la chambre. Je pense à Gregory, je crois qu'il me manque ... S'il était encore de ce monde, je l'appellerai ... J'ai le mal du pays, Berlin, mon "chez moi" d'élection. Cela fait trois mois que je n'y suis pas allé, et encore la pensée de Traumprinz. Cette après-midi, au collège de C., village vaudois où vécut une dame lettrée et nymphomane, en recevant sur un ton proto-militaire les instructions d'un supérieur hiérarchique, je me suis demandé s'il avait aussi une Traumprinzessin en tête, le mal d'une terre d'élection au coeur ? Je me suis demandé à quoi ressemblait son intériorité ? Il est vrai que la "hiérarchie" et moi, cela fait deux et je n'imagine jamais rien de spécial au sujet de ses représentants si ce n'est de quelle manière leur répondre en leur signifiant mon fond de conviction anarchiste ...

Il est largement plus d'une heure du matin et j'essaie de percevoir une voix, au fond, tout au fond; je n'entends rien. Il n'y a que des images, Barcelone, Zürich, des promenades, des détails quasi insignifiants et aussi présents que le regard de la bergère. Je dois faire quelque chose de ces miettes, les assembler, créer ... J'ai fini de taper "A Poil !", l'une des quatre parties de "La Dignité". Mon roman historique attendra un peu ... "Le Concile de pigeons" m'appelle, drôle de texte dans lequel je peux rendre les mille petits riens picorés à gauche, à droite, avec voracité, à la façon d'un pigeon et je me sens à nouveau "pris", comme l'une de ces bestioles dans un filet de protection des façades.

Il est deux heures, la bergère s'est assoupie, tous les objets s'endorment. A force, nous habitons d'une vie résiduelle tous ces serviteurs inertes. Nous leur donnons leur valeur, nous les honorons d'un souffle de vie qu'ils continuent à porter parfois bien après notre propre disparition. Thomas Mann, à travers l'exil et ses nombreux déménagements, a toujours recomposé le décor de son bureau, méticuleusement. Cela participait à son activité littéraire, à croire que ce sont ses meubles qui ont écrit son oeuvre.