
Stéphane
émerge derrière un double expresso, au son d’un jazz léger, le petit bar qu’on
lui a ouvert, des murs anthracite, une longue banquette de bois, un petit genre à caractère
urbain-chic-bohême-industriel. Histoire de toujours y trouver de la place, le café y est à une tune ! Lorsque Stéphane n’arrive pas à ré-embrayer, il
marche vers l’Ouest, ça le calme toujours, le mouvement universel, la course
solaire, etc. On va toujours vers l’Ouest, la conquête du Grand Ouest, les
nouveaux mondes, ça tient de la routine de remise à zéro. On dirait un héros de
mauvais roman d’espionnage quoique, les deux petits chiens qui trottinent sur
ses talons, ça casse un peu le mythe. Outre la déglingue consécutive à ses allées-et-venues
entre Alpha et Oméga, il traîne un menu problème d’éveil. « Heureux les
simples d’esprit … » mais Stéphane s’est rempli la tête depuis ses débuts.
Il était bien plus con avant la perméabilité et l’ouverture, question de
milieu, de moyen. Il « dormait », les yeux ouverts. Il n’est toutefois pas devenu bouddhiste, tantriste et tout
le bazar new-age orientalisant. Il vivait mieux, pourrait-on dire, il était
plus en adéquation avec lui-même, son milieu, la débilité ambiante. Il est donc permis
de considérer, selon le niveau intellectuel et émotionnel moyen de la
population terrestre en Alpha, que l’éveil est une tare.