vendredi, mai 25, 2007

Et avec du style !


Hier, en fin de journée, je regardais un rayon pâle de soleil traverser le séjour en biais, éclairer le tapis et se replier sur la coque du fauteuil beige, une lumière cuivrée, caniculaire et poudrée. La même lumière sur la Kirghizie, à la télé, Escales. Cherchez le point commun ? Peut-être un sentiment, dû la lumière-même, à moins que je ne sois simplement perdu, un vaste tout dans lequel je ne saisis pas grand-chose ... A part quand ... Il suffit de ... Si je branche le truc ... le petit interrupteur d'un état de conscience et tout reprend sa place. Comme avant ? non, je ne vais pas donner dans le couplet prousto-nostalgique, je ne compte simplement pas m'interdire une lecture personnelle et originale du monde alentour, mon fief, ma zone d'influence, mon domaine.


Cette posture intellectuelle me vaut déjà le joli succès du webzine dont je suis le rédacteur en chef, 30% de fréquentation supplémentaire en un mois, des projets de fusion avec un autre portail internet. La presse indépendante gratuite fait toujours recette. Les sujets de réflexion ne manquent pas : l'affaire des affiches de prévention Sida censurée à Yverdon, la collusion presse-pouvoir dans la France sarkozienne, la chape moralisante tombée sur les sociétés occidentales. Le plus dur : partir au combat sans le formidable enthousiasme des belles années de "révolution", soixante, soixante-dix, leur style, leur musique ... Tant pis, je me démens et "proustise" à qui mieux mieux, mais Dutronc, Antoine, certains garçons dans le vent et dans un sous-marin jaune, Dalida, Françoise Hardy ont tant chanté dans des cuisines au petit matin, parmi le vrombissement des imprimantes, un transistor en équilibre sur un coin d'établi, un bureau de rédaction à l'heure de la correction, la voiture de fonction d'un ministre pompidolien et même à Latché, dit-on ...


L'intellectuel dénonce et propose; l'artiste met en forme et donne le ton. Je pense avoir plutôt bien rempli mon double "mandat", avoir mis en verbe et en style des impressions fugaces, leur avoir donné le corps séduisant du bon mot et l'évidence de l'élégance. Faire de ses propres goûts un manifeste et manifester pour défendre ses goûts ! On me lira peut-être dans vingt ans en écoutant Linkin Park, Keren Ann ou Daft Punk et l'on évoquera les vertus passées de cette époque-là.



samedi, mai 12, 2007

La vie des autres


Il est vrai que je suis très infidèle à cette adresse, j'en préfère une autre, l'intime et la secrète, celle où l'on me fiche la paix, celle qui n'a pas été salie par le regard louche des suppôts moscovites ... Je ne parle pas du "Récit de la vie d'un jeune homme vaudois à la dérive", non, une autre adresse ... De plus, je n'ai guère eu de temps, entre le webzine de Vogay, la vice présidence de l'Association vaudoise des Écrivains et les quelques batailles de circonstance à mener; vous savez, cette vieille guerre : le bien, le mal, les gentils, les méchants mais, surtout, la liberté d'expression, la liberté d'être et de le dire, le fameux devoir de vérité foucaldien (rapport à Michel Foucault, philosophe, professeur au Collège de France, sommité intellectuelle, gay, amateur de sexe et, accessoirement, mort du sida !)(l'oeuvre de Michel Foucault est librement accessible à la bibliothèque cantonale universitaire et je crois même qu'on l'y apprécie plus que l'oeuvre de Madame de Staël !).

Ce soir, je me suis décidé à mollement signaler ma présence, donner des nouvelles en gardant un oeil sur Esprits libres, de la télé un rien plus sophistiquée que de coutume, un peu de l'intelligentsia de mes vingt ans qui ergote avec un certain talent ... Marc Lévy semble avoir - enfin - découvert la littérature ! Il en est encore à chercher une position entre le genre périmé du roman et le récit, la vérité, toute la vérité sur les convictions de l'auteur, sur sa genèse, sa mystique ... Sa prestation est amusante, il prend des pauses d'intellectuels mais ne peut réfréner sa gentille dialectique pédagogique d'écrivain à succès mérité ! Il a ce petit ton de philosophe pratique expliquant la vie à son fils. Il y a aussi le brillantissime Sollers et Luc Ferry, qui ne comprend plus rien de la société depuis 1970. Je l'avais entendu il y a quelques mois de cela parler de l'élégance non élégante des jeunes gens, les pantalons baggies, l'aspect négligé ... que sais-je encore ... Il tenait son propos la cravate desserrée, le premier bouton de la chemise ouvert ... Cet homme n'est apparemment pas gay, il n'a jamais remarqué que toute cette jeunesse viriloïde et yo dans la tenue adoptait les schémas de séduction féminine du début du XX siècle : ils montrent leurs chevilles nues (mini socquettes), ils montrent leur col (T-shirt et débardeurs échancrés), ils montrent leur dessous avec le naturel fortuit d'une danseuse de cancan (caleçons qui débordant au-dessus de leur jeans). Tout cela trempe dans l'ambiguïté la plus savoureuse.

Il est d'autres ambiguïtés moins plaisantes. On parle aussi du nouveau président, "Maréchal nous revoilà !", et je regrette de ne pas être retourné à Paris avant cette élection contre-nature. Comment fréquenter encore ces autres qui se jettent dans une logique politique indigne, qui s'offrent à ce despote en devenir et revanchard. La presse est déjà entravée; mini Pétain pèsera certainement de tout son poids présidentiel dans la ligne de publication des grandes maisons d'édition ... Il est toutefois plus subtil que mes suppôts moscovites locaux; il ne vise aucune minorité particulière mais la liberté d'expression en général. L'Elysée a déjà une longue tradition mitterrandienne du flicage sur un mode stasi (Staats Sicherheit : police politique est-allemande) : menace, chantage, écoutes téléphoniques, etc.

Je n'aurais jamais pensé, il y a quelques années de cela, exciter tant de passions - en dehors de ma vie sentimentale, il va sans dire - soulever tant d'oppositions de principes et me voir censuré ! Je suis donc pleinement homme de lettres et je dénonce les dysfonctionnements de l'Etat en mettant à l'épreuve sa tolérance et le respect qu'il doit à tous ses sujets. Que l'on ne goûte pas à mon catholicisme, à ma germanophilie ni à mon admiration pour Hercule Poirot, je le conçois. Que l'on m'en fasse officiellement grief, il y a un problème et qui dépasse largement ma personne. Je persiste donc par principe et parce que - comme tout écrivain (doublé d'un enseignant) - je suis aussi un donneur de leçons.

mardi, mai 01, 2007

Le communiqué de presse


L'oeil de Moscou a dû en prendre plein les mirettes, la peste de ces gens et de tous les pense-menus contre lesquels il faut mener bataille. J'aurais fait, je pense, un excellent général, suffisamment distrait pour passer au-dessus des premiers dangers, suffisamment original pour déjouer les stratégies éculées des génies de la chose ... J'aime surtout donner la leçon et avec panache ... ou gloriole... Quoiqu'il en soit, le conseil d'Etat, suite à la remise officielle de la bourse à l'écriture, hier soir, a diffusé un communiqué de presse des plus élogieux; cela fait de moi un auteur sérieux, posé, très "Thomas Mann". L'oeil de Moscou aura pu lire dans les nouvelles en interne mon accession "officielle" au statut d'auteur; j'ai même eu droit à un entrefilet dans un gratuit de la place. Je suis sensible à cette marque de confiance et d'encouragement de la part des autorités culturelles; cela me permet de me rassurer quant à l'autorité en général, elle n'est pas représentée que par une bande de fipons incultes. Je ne devrais même plus parler de "l'oeil de Moscou" mais du demi "oeil de Moscou".

Il est temps de se congratuler un peu "parmi", et d'évoquer les débuts de ce journal en ligne. C'était en septembre 2005 et, depuis lors, je me suis toujours considéré comme un "homme de lettres". Je vais bientôt rendre les archives du Monde de Frevall accessibles et dans leur version intégrale. On n'y apprend rien de particulier, quelques secrets de polichinelles y sont joliment racontés et vous pourrez y voir défiler les saisons, les voyages et mes palpitantes aventures à Coppet, vous savez, le petit village vaudois où vécut Madame de Staël. Je pense que j'aurai autant fait pour la publicité de ce village que la sus-mentionnée autrice ... Quoi ? moi ! sarcastique !!! Mais qu'allez-vous imaginez, vous êtes passé par Moscou.

Jamais je ne retrouverais l'impunité fleurie d'une plume anonyme; il était si bon d'ouvrir la fenêtre et de simplement dire mon sentiment, amour et tant de déceptions, mais amour tout de même, je n'ai jamais cultivé le masochisme du souvenir; je n'ai jamais donné que dans la mélancolie ... et la pantalonnade par distraction. Le journal en ligne rimait avec bouteille à la mer, parole à travers le temps, "La vie de Marianne", "L'histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut" puis il y eut le bras de fer moscovite et un certain verni d'officialité à présent. Bientôt, je pourrai étaler mon catalogue, raconter mes tractations dans les antichambres de l'édition romande ... Je vais acheter le nom du domaine, hop, je vais devenir un hobereau de la littérature et tenir salon à l'adresse de frevall.net !